AUDREY BONNET

MARS 
MA GALERIE SONORE

MA GALERIE SONORE est un espace virtuel dédié à l’art radiophonique. D’octobre à juin, des artistes invité·es, personnalités et complices de la saison proposent une sélection coup de cœur de trois œuvres audio ou émissions à l’écoute sur mascenenationale.eu et radioma.eu.

AUDREY BONNET

MARS 
MA GALERIE SONORE

MA GALERIE SONORE est un espace virtuel dédié à l’art radiophonique. D’octobre à juin, des artistes invité·es, personnalités et complices de la saison proposent une sélection coup de cœur de trois œuvres audio ou émissions à l’écoute sur mascenenationale.eu et radioma.eu.

Audrey Bonnet s’impose comme une figure marquante du théâtre contemporain, notamment par son interprétation remarquée de Clôture de l’amour de Pascal Rambert. Au plateau comme à l’écran, elle développe une présence d’une rare acuité. Elle a également marqué les esprits dans Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, mis en scène par Roland Auzet – une création saluée pour sa force et sa singularité, accueillie à MA au Stade Bonal.

Audrey Bonnet est comédienne et metteuse en scène. Elle interprète depuis quinze ans la pièce Clôture de l’amour de Pascal Rambert et joue pour un grand nombre de noms importants du théâtre et du cinéma contemporains.


Contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire ce choix de podcasts pour MA Galerie Sonore n’est pas chose aisée. Vous avez fait vos choix progressivement, en envoyant votre sélection « à l’unité », podcast après podcast. Votre première proposition est une émission dont le principe est de confier la programmation musicale à une personnalité, en l’occurrence la chanteuse, musicienne, autrice, poète, Clara Ysé. Qu’y a-t-il de particulier dans votre goût pour cette artiste ?

Eh bien, simplement, j'adore l'écouter. Elle m’accompagne dans mon travail, dans mon cheminement, c’est comme une partenaire. En ce moment, un peu du fait des espaces dans lesquels je me retrouve à travailler, j'ai souvent besoin de l'entendre : qu'est-ce qu'elle exprime ? qu'est-ce qu'elle écrit ? Elle est souvent sollicitée sur les ondes radio et là je suis tombée sur sa balade, sur quelques unes de ses sources musicales, et c'est un voyage. C'est vraiment un voyage, et j'adore ça, l’esprit part et le corps se met à danser.
D’ailleurs, j’aurais pu faire cette galerie qu’avec des podcasts de musique tellement ça me nourrit, ça m'accompagne, et que la musique m’apaise, m’énergise, m’évade et me centre… Là, en écoutant la radio de Clara Ysé, je me suis rendu compte que nous avions beaucoup de voix en commun, la moitié de ses choix auraient pu être les miens. Je l’ai aussi choisie cette émission (mais en fait c’est sans fin de choisir un podcast, ça tisse des liens, ça met en abîme) parce que ça permet de parler d’autres artistes, ceux qu’elle fait arriver. Nina Simone, Barbara, Rosalia, Janis Joplin, et des chanteurs et des chanteuses que je ne connaissais pas, elle me fait voyager, rencontrer.
Et puis Clara Ysé est en résonance avec le monde, je la trouve à la fois d’une grande pudeur et d’une grande brutalité avec l’état du monde. C'est une grande poétesse, c'est une très très grande poétesse et donc elle est tout le temps au coeur des choses parce qu'elle ne lâche pas la poésie ou la poésie ne la lâche pas. Même quand elle s'exprime, elle a ce soin là, elle est reliée à elle, aux autres, à ceux qui sont partis. Quand elle parle elle est dans le son, tout est relié. Elle est à ce qu'elle dit et à ce qu'elle nomme. Et ce qu'elle nomme, elle le fait tellement vibrer que… Oui, elle m'accompagne et me bouleverse.


D’autres « personnages » qui sont tout à fait à ce qu’ils disent dans votre sélection, ce sont Laure Adler et Shaï, dans la tout dernière de « L’heure bleue » en juin 2023. Pour cet ultime entretien, la journaliste a choisi d’interviewer un enfant, rencontré dans une librairie parisienne, un jour de pluie. Vous êtes une auditrice fidèle de cette émission ou bien de cet épisode en particulier ? 

Oui, je suis une auditrice de Laure Adler. J’aime l'entendre. Elle aussi elle fait partie des êtres qui m’accompagne dans mes réflexions, dans mon rapport au monde. Elle est comme une flèche : ses questions vont au coeur. Alors, c'est sûr, ça se passe la nuit et elle ouvre un temps pour la parole et un espace temps très particuliers pour que les êtres s'expriment. Et elle va chercher, elle creuse, elle est vraiment une sorte d’archéologue de la pensée et de la parole. Elle fait jaillir, elle est très abrupte, elle lance des flèches et en même temps elle est sensible. Elle aussi touche au coeur des choses et ne lâche rien. Je la trouve t rès animale dans son rapport aux êtres et aux langages, à la pensée en mouvement.
Et puis rien que le générique ! Commencer, ouvrir l’émission avec  Veridis Quo, qui se traduit par : où est la vérité de Daft Punk ! Elle me met déjà sur une certaine fréquence… C’est hyper important je trouve, les génériques des émissions. Rien qu’avec ce morceau, elle ouvre les coeurs pour accueillir ce qui va être dit, ce qui va être pensé, ce qui va être nommé, l’effort qui va être fait pour dire. Et après, tout de suite, j’aime comme elle rentre dans les mots, son rituel, etc. 
J’ai beaucoup écouté L’heure bleue et là c’est la dernière émission. C’est à la fois une émission avec Shaï, cet enfant avec lequel elle échange, et une dédicace à Marguerite Duras qui interviewe les enfants sur des grandes questions existentielles, sur la vie et sur notre société. Shaï est là avec son cœur ouvert et sa fébrilité, son stress de devoir dire, et il nous parle de nous très fortement, très puissamment. Et Laure Adler ne le lâche pas, elle le sonde, elle va le chercher et il arrive et il est toujours là, il est au rendez-vous, il répond, implacable.
Il y a aussi tout le hors-champ de la dernière émission, toute l’équipe qui est là dans le studio et elle trop émue et qui donc propose à Shaï de citer chaque personne du générique. Lui qui a apporté ses dessins, et qui dit qu’il est seul, très seul.
C’est tellement beau. C’est bouleversant. Ce sont des réponses au monde qu’on ne peut pas imaginer avoir.


Votre troisième proposition, Nous guérir, est un podcast publié par Making Waves qui évoque en 5 épisodes les parcours post-violences sexuelles. Alors pourquoi avoir choisi celui-ci en particulier ?

Parce qu’il peut peut-être sauver la vie de femmes en danger.
J’avais envie de parler de cet espace-temps à s'accorder et à se donner, tenter de le faire, où qu’on soit dans le monde et dans la société, même si on est débordé par sa vie, de s'ouvrir ce temps-là. Parce qu’au delà du sujet de Nous guérir qui est fondamental, ce que je voulais montrer c’est que la parole, elle nous guérit, le podcast peut nous guérir, il peut nous accompagner, nous aider à nous sentir moins seuls avec ce qui nous touche. Et donc on peut aller chercher certains sujets sur les plateformes dans ce but là, parce qu’on a un problème et qu’on cherche de l’aide. Pour écouter des êtres qui en parlent, qui réfléchissent, qui sont touchés, qui sont bouleversés, qui sont au coeur de choses insoutenables, qui sont peut-être même au bord d'arrêter de vivre… je crois fort en la puissance de ça, du podcast pour venir secourir, transformer son rapport à soi, l’alléger. C’est surement mon rapport au podcast mais puisque c’est ça le sujet...
Et Making Waves, cette plateforme créée par des êtres qui ont pensé jusqu’à l’objet, qui ont inventé un objet, qui ont créé, fabriqué quelque chose pour que tout le monde sans exception puisse s'en emparer pour aller avec un micro parler, échanger, faire dire et ensuite diffuser, partager, partout dans le monde. Là où c’est empêché, où les ondes radios sont censurées, dans les zones de conflit, ou dans l’intimité.
Ça s’appelle Nous guérir et c'est le meilleur titre pour la vie des podcasts ! Ça guérit les âmes, ça accompagne, ça protège, ça partage. Il faut écouter ça !


Entretien réalisé par Adrien Chiquet avec Audrey Bonnet 
Mars 2026

MA GALERIE SONORE